De l'extraction de l'uranium pour faire fonctionner les centrales en passant par les essais nucléaires, le continent africain et plus largement les anciennes colonies françaises subissent encore aujourd'hui les conséquences des décisions des hommes politiques d'engager la France dans cette industrie à partir des années 1950. Les militaires français n'ont pas été épargnés par cette nouvelle technologie polluante et nocive sur la santé des populations. Mais le secret défense a ses limites : la parole des vétérans de l'armée française, des anciens travailleurs des mines et des habitants des zones contaminées se libère.

''Témoignages de vétérans des essais nucléaires français,'' documentaire sonore de 2010 réalisé par Faïdos

Ce documentaire sonore est réalisé à partir d’interviews de vétérans des essais nucléaires à Reggane et dans les atolls de la polynésie française. Certaines personnes font partie de l’AVEN (association des vétérans des essais nucléaires) qui se bat pour la reconnaissance des droits des vétérans des essais nucléaires français et leurs justes indemnisations par l’Etat français. Un décret d’application concernant cette dernière est attendue pour le début de l’été. En janvier 2007, le Ministère de la Défense publie un dossier de presse reconnaissant officiellement que des « exercices en ambiance "post-explosion" ont été réalisés (...) en zone contaminée », près du point zéro de Gerboise rouge (27 décembre 1960) et Gerboise verte (25 avril 1961). Ainsi, l’objectif des essais nucléaires n’était pas seulement de développer l’armement, mais également de préparer les soldats français à la guerre du futur.

Colère dans le vent

La Colère dans le vent, film documentaire d'Amina Weira (2016 - 54 min - HD - Couleur - France, Bénin, Niger), diffusé cette année aux États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche)

Dans ma ville d’origine Arlit, au Nord du Niger, Areva exploite l’uranium depuis 1976. Aujourd’hui, une bonne partie de cette région, balayée par les vents de sable, est contaminée. La radioactivité ne se voit pas et la population n’est pas informée des risques qu’elle encourt. Une partie de l’année, de violents vents de sable enveloppent entièrement la ville. Ce vent de poussière propage des substances radioactives. Chacun cherche un abri. La ville devient calme, toutes les activités sont stoppées. Mon père, travailleur de la mine d’uranium en retraite, est au cœur de ce film. Il dépoussière ses souvenirs, les 35 années de son passage à la mine. Grâce à lui, je vais à la rencontre d’autres anciens travailleurs et des plus jeunes qui ont certainement leur mot à dire.

athome

At(h)ome, documentaire d'Élisabeth Leuvrey (2013, 53 min, les Écrans du large), diffusé cette année aux États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche)

Plus de cinquante ans après la fin de la guerre, une cinéaste et un photographe, issus des deux camps du conflit et enfants héritiers de l’histoire coloniale franco-algérienne, nous ramènent en 1962 en plein Sahara algérien. D’une zone désertique irradiée aux faubourgs d’Alger, ils suivent le parcours d’une explosion nucléaire expérimentale. De l’essai à l’accident, des retombés environnementales au « recyclage » des lieux du passé… Le point de départ est historique mais l’histoire contée nous rattrape au présent et vient nous chercher là où nous sommes – at home – pour un face à face avec des retombées sans frontière.

Film diffusé mercredi 21 septembre à 19 h 30 à la Scam (sur réservation à distrib@lesecransdularge.fr ou 06 80 21 52 94)

Ecouter l'émission du 4 septembre 2016