Emission du dimanche 13 octobre

Interview des réalisateurs de quatre films diffusés au festival du documentaire de Saint-Denis, le 2 novembre, à la Bourse du travail.

16 h 15

Instructions pour une prise d’armes de Laurent Krief (2013, 60 min, France)

Une heure. C’est la durée de ce premier cours d’Instructions pour une prise d’armes. Dans ce cours, le professeur sera le réalisateur ignorant d’un premier film pour toute une année scolaire. Le spectateur – puisque tout cours est un spectacle – doit ici être averti que ce film (un cours) ou ce cours (un film) sera porté par l’idée du communisme. La première leçon avant de commencer est : pas de leçon sur comment, quand, ni même pourquoi prendre les armes – que ce soit pour s’arracher à un état d’impuissance face à la tragédie à laquelle nous assistons ou pour se déjouer de notre rôle de victime dans cette même tragédie – ce qui peut revenir au même – mais seulement l’injonction : prenons les armes dans cette tragédie où le capital est devenu le réel de nos vies. Zizek. Voilà donc l’idée.

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16 h 30

Kelly de Stéphanie Régnier (2013, 65 min, France)

À portée de regard, l’Europe se profile comme une entité floue. Elle reste inatteignable pour Kelly qui l’observe avec rage. Devant la caméra, elle rejoue son destin : sa vie sage au Pérou, sa vie clandestine en Guyane française, la famille, l’amour, la débrouille. L’une des scènes de Kelly, documentaire poignant réalisé par Stéphanie Régnier et présenté au Cinéma du réel, montre l’héroïne qui résume son périple à travers l’Amérique du sud en un coup de crayon. Derrière la simplicité des traits dessinés sur une feuille à carreaux, on devine l’immensité de l’épreuve. Kelly marche sur ce principe : film de chambre mais ouvert sur l’immensité du monde, film sur l’absence mais dont les protagonistes semblent omniprésents. Kelly évoque les souvenirs de sa mère, son rapport complexe aux hommes. La caméra de Régnier s’échappe, capture quelques instants sur les terrasses de Tanger : ici une mère et sa fille, là quelques hommes, des ouvriers, des kékés, un homme qui se douche. Des images qui semblent volées au voisinage comme elles seraient tirées de la tête de Kelly, le film mêlant avec talent le doc brut (témoignage face caméra de Kelly, clandestine et expatriée) et une part de fiction, de fantasme (ce que la jeune femme imagine de sa vie d’ailleurs). L’autre refrain visuel de Kelly, ce sont ces plans de bateaux qui naviguent dans le détroit de Gibraltar, et l’horizon si proche de l’Espagne. Il y a évidemment une ironie tragique dans cette proximité, cette dizaine de kilomètres qui sépare le Maroc de l’Europe, et le fait que le but de Kelly (rejoindre la France et sa mère) semble inatteignable. Et il n’y a pas une once de mélodrame dans le regard posé par Régnier sur Kelly. La réalisatrice l’écoute, Kelly faisant le reste : morgue et hargne, prolixe et passionnée ; sa voix a quelque chose, comme l’indique Régnier, de l’ordre d’une performance cathartique. En plus d’un portrait vibrant, Kelly raconte un état du monde, et la volonté de fer d’une petite femme qui se bat pour briser ses règles. (Nicolas Bardot, Cinéma du réel)

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18 h

Disparaissez les ouvriers ! de Christine Thépénier et Jean-François Priester (2011, 73 min, France)

Durant plus de 150 jours, les ouvriers de Legré-Mante ont occupé “leur” usine, leader sur le marché mondial d’acides tartriques, pour dénoncer une liquidation frauduleuse, manifester leur colère et réclamer justice. Ils n’ont rien obtenu de ce qu’ils demandaient et ont perdu aussi le procès en appel de la décision du tribunal de commerce qui avait prononcé la liquidation judiciaire. Pourtant, quand on voit l’état d’abandon des bâtiments et des ateliers, pas besoin de beaucoup d’explications pour comprendre dans quelles conditions travaillaient les ouvriers de Legré-Mante. Pas besoin non plus de beaucoup de preuves pour penser que cette fermeture était planifiée depuis longtemps et cela pour des questions de profit à court terme (en l’occurrence, la vente du terrain idéalement situé face à la mer au pied du futur parc des calanques à Marseille). Dans cet incroyable “décor”, les ouvriers apparaissent soudain comme les derniers survivants d’un monde que les spéculateurs voudraient voir disparaître.

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18 h 15

Les Chebabs de Yarmouk d’Axel Salvatori-Sinz (2012, 77 min, France)

Les Chebabs sont un petit groupe de garçons et de filles qui se connaissent depuis l’adolescence. Aujourd’hui, au seuil de l’âge adulte, ils ont une véritable soif de vivre et d’absolu, mais sont confrontés à des réalités complexes. Entre le besoin de liberté et l’appartenance au groupe, le désir de révolte et la perspective d’une vie bien rangée, les choix sont difficiles ; mais tout l’est plus encore quand on est réfugié palestinien dans le camp de Yarmouk, en Syrie.

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